Alicia Faure

Le M.U.R. des Chartrons : Une authentique galerie à ciel ouvert

Né en 2014 de la volonté de Pierre Lecaroz, fondateur de l’association Pôle Magnétic, le M.U.R. des Chartrons est une exposition urbaine unique à Bordeaux. Fruit d’une démarche de démocratisation de l’art urbain, ce projet transforme chaque mois, place Paul et JeanPaul Avisseau, un mur en une véritable toile éphémère.  

Dans le dédale des rues pavées de Bordeaux, au cœur du quartier des Chartrons, un mur d’école attire tous les regards. Situé sur l’enceinte de la cour de récréation de l’école Stendhal, il est le théâtre de performances artistiques singulières. Tous les mois, un artiste s’empare de cette surface de 35 pour créer une œuvre originale et éphémère.  

Le M.U.R. (Modulable, Urbain, Réactif) est né de la volonté de Pierre Lecaroz, fondateur de l’association Pôle Magnétic, de démocratiser l’art urbain et de dynamiser la vie du quartier avec le soutien de la ville. “J’avais envie de montrer aux gens toute la richesse et la diversité de l’art urbain, de montrer que c’était de l’embellissement et pas de la dégradation, de créer du lien social”, explique Pierre.  

Le choix des artistes est un processus méticuleux, qui prend en compte plusieurs critères. “Il y a soit des coups de cœur, soit des candidatures spontanées, soit des rencontres improbables” confie le galeriste. Depuis quelques années, un nouveau paramètre est entré en jeu, “on me demande d’être vigilant sur la parité, les enjeux sociétaux, le genre, la discrimination”, ajoute-t-il., “ce sont des paramètres que je dois intégrer dans la sélection des artistes”. 

Un mur qui crée de vives réactions 

« Ils sont tous emballés », s’enthousiasme Pierre. Il semble que le M.U.R. ait rapidement trouvé son public, tant chez les habitants du quartier que chez les touristes. Stéphanie, une ancienne habitante, se souvient : « Quand ça a commencé, j’ai vu l’évolution. Ça a rendu le quartier plus vivant ». « C’est plus agréable que des murs tout gris », ajoute Lucette, une retraitée qui traverse les lieux dès qu’elle doit faire ses emplettes. Au-delà d’enjoliver les lieux, c’est une réelle plus-value pour les commerçants. « Ça amène du monde, il y a beaucoup de passage, énormément d’étrangers », explique Julia, employée d’un restaurant sur la place. 

Malgré cet enthousiasme général, le M.U.R. suscite parfois quelques réticences. Un ami du galeriste, Tiziano, regrette que les œuvres soient souvent trop sombres : « Vous vous levez le matin, vous voyez le temps gris et des œuvres sombres, vous n’avez pas trop envie de partir travailler ». Et d’autres ne s’en soucient pas : « Moi, je passe, je ne fais pas trop attention », confie Omar. 

En se réappropriant l’espace public, Pierre Lecaroz espère changer les choses : « Aujourd’hui, la société est tellement violente et agressive qu’on est un peu dans un mode de survie, les gens ne se parlent plus. La création artistique dans l’espace public sert de prétexte pour réunir les gens ». Quant à l’avenir du M.U.R., son fondateur voit toujours plus grand : « Je suis à 80 performances et j’aimerais bien atteindre les 100. J’ai encore plein d’artistes que je rêve d’accueillir ». 

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