Vous avez peut-être déjà entendu parler des puffs. Cette nouvelle génération de cigarettes électroniques très populaire chez les jeunes est sous le viseur des autorités de santé qui souhaitent la faire interdire en France d’ici 2027. Lionel Portello, infirmier addictologue tire la sonnette d’alarme sur les dangers de ces dispositifs. Référent vape au service du CSAPA (Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie), il décrypte les mécanismes addictifs de ces produits.
C’est quoi la puff ?
La puff c’est un nouveau type de cigarette électronique jetable. La différence avec une cigarette électronique classique c’est qu’elles ne se rechargent pas, ni en liquide ni électriquement, ce sont des dispositifs jetables. On ne peut pas non plus changer la résistance, dans une puff quand c’est cramé, c’est cramé. Il faut la changer sinon ça brûle la gorge et c’est très mauvais. De base, les vapotes sont utilisées dans le soin auprès d’usagers fumeurs pour commencer à être sur la dégressivité voire l’arrêt du tabac. Donc la puff ça a un intérêt quand les gens fument du tabac et qu’ils veulent arrêter la cigarette.
Pourquoi les puffs sont-elles dangereuses ?
Le problème avec la puff c’est que c’est extrêmement dosé en nicotine. Quand on n’est pas fumeur, qu’on est jeune et qu’on commence le vapotage on a un apport nicotinique très fort. Donc ça va créer une dépendance physique. 90% des personnes qui vont commencer la nicotine vont développer une dépendance physique. Donc s’il n’y a plus de puff il y aura un moment donné un besoin, un fort craving, une envie forte et on peut se tourner vers la cigarette la vraie. Celle qu’on brûle, qu’on inhale. Et après il faut se sevrer de la nicotine, c’est tout un business ce n’est pas évident.
Qu’est-ce que c’est le craving ?
Le craving c’est l’envie irrépressible de consommer la substance ou le comportement. Et là c’est la substance et le comportement dans la gestuelle.
Il existe également des puffs sans nicotines, est ce que c’est vraiment mieux ?
S’il n’y a pas de nicotines il y a moins le risque d’aller vers le tabagisme. Cependant on prend une habitude. Dans l’addiction il y a ce qu’on appelle le conditionnement opérant, c’est Pavlov, c’est la répétition d’un comportement. Si vous répétez la puff sans nicotine, à un moment donné peut-être que vous allez toucher à une puff avec nicotine. Et deux trois jours après on a envie, ça créé un besoin physique. La puff même sans nicotine peut orienter vers le tabagisme ça c’est clair.
Pourquoi est-ce si populaire auprès des jeunes ?
Les puffs c’est girly, le packaging est sympa, c’est fun. C’est à l’adresse des jeunes. On a des trucs sucrés, colorés, attractifs, c’est du packaging. Il y a beaucoup de représentation de la cigarette, Le coté sociable, le côté festif. Et à cet âge-là, il y a ce qu’on appelle la pression du groupe social. C’est à dire que c’est l’identification à un groupe. Le copain ou la copine le fait donc je le fais. Quand on commence à fumer ou vapoter très jeune c’est pour faire comme les grands.
Mais pourquoi les industries du tabac incitent-elles à consommer de cette manière ?
La nouvelle génération c’est 25% de moins de fumeur. Je crois que ça doit être même plus maintenant. Il y a un très gros manque à gagner du côté de ces industries-là. La puff c’est un business et c’est une adaptation de l’industrie du tabac face à cette baisse substantielle, très clairement. On revient au tabac à chiquer, à priser. C’est interdit à la vente aux mineurs et en ça il faut faire respecter la loi. Par exemple la loi Evin fait qu’il n’y a plus de publicité sur le tabac et que c’est très règlementé pour l’alcool. Mais finalement, accrocher quelqu’un à la nicotine c’est bien mieux au niveau du business que de l’accrocher à l’alcool.
Quel rôle les professionnels de santé peuvent-ils jouer dans la prévention et le traitement de la dépendance à la nicotine ?
Par exemple au CSAPA nous on donne des after puffs. C’est ce qu’on peut distribuer dans un premier temps à nos usagers pour tester le vapotage. On leur donne cet accès justement pour la réduction des risques et des dommages à la santé (la RDRD). Les after puff sont rechargeables en liquides, on peut donc adapter le dosage nicotinique via les liquides. Et elles sont rechargeables électriquement ce qui fait qu’elles durent beaucoup plus longtemps, ça a toujours un intérêt pour les fumeurs qui veulent réduire ou cesser leur consommation de tabac. Le tabac reste tout de même la première cause de mortalité évitable. Alors il faut garder en tête que la teuf sans puff ça peut aussi le faire.